Aller au contenu
    Retour au blogRetraite

    Retraite TNS : pourquoi les cotisations ne suffisent pas

    17 août 20266 min de lecturePar Solvya
    #retraite TNS#CIPAV#PER retraite#cotisations freelance#pension indépendant#épargne retraite
    Retraite TNS : pourquoi les cotisations ne suffisent pas

    Retraite TNS : un système de droits structurellement limité

    Sophie, kinésithérapeute en secteur libéral affiliée à la CIPAV, découvre à 52 ans que sa pension prévisionnelle à 67 ans s'établit à environ 1 380 € brut mensuel. Elle déclare 95 000 € de revenus par an depuis quinze ans. Elle attendait au moins 2 500 €.

    L'écart n'est pas une erreur de relevé de carrière. C'est le fonctionnement normal du régime de retraite des travailleurs non salariés (TNS) libéraux : des cotisations moins élevées que le régime général, et des droits accumulés en proportion. Pour un indépendant à 30 % de tranche marginale d'imposition (TMI), le manque à combler se chiffre souvent en centaines de milliers d'euros.

    Mesurer ce déficit précisément et agir dès maintenant peut représenter plusieurs milliers d'euros d'écart annuel selon l'enveloppe retenue et le moment auquel on commence.

    Comment fonctionne la retraite des professions libérales (CIPAV)

    La plupart des professions libérales non réglementées et plusieurs professions réglementées (architectes, ostéopathes, kinésithérapeutes, etc.) cotisent à la CIPAV pour leur retraite complémentaire. La retraite de base relève depuis 2020 du régime général des indépendants, via la Sécurité Sociale des Indépendants (SSI).

    La pension totale résulte de l'accumulation de droits en points sur l'ensemble de la carrière. Ces droits sont proportionnels aux cotisations versées, elles-mêmes calculées sur le revenu professionnel déclaré.

    La différence structurelle avec le régime salarié : les taux de cotisation TNS libéral sont globalement inférieurs à la somme des cotisations patronales et salariales supportées par un salarié au même niveau de revenu. Moins de cotisations versées signifient mécaniquement moins de droits accumulés.

    L'écart de pension TNS vs salarié : un exemple concret

    Pour mesurer l'ampleur du phénomène, voici une comparaison entre un cadre salarié et un professionnel libéral affilié à la CIPAV, tous deux avec un revenu annuel de 80 000 € sur une carrière de 35 ans :

    ProfilRevenu annuelPension estimée à 67 ans (taux plein)
    Cadre salarié (régime général + AGIRC-ARRCO)80 000 €~2 600 à 2 900 € brut/mois
    Professionnel libéral CIPAV80 000 €~1 300 à 1 700 € brut/mois

    L'écart estimé atteint 1 000 à 1 500 € brut par mois. Sur 20 ans de retraite, cela représente un manque cumulé de 240 000 à 360 000 €, avant toute actualisation. Ce n'est pas une situation exceptionnelle : c'est la règle pour la majorité des TNS libéraux ayant eu des revenus supérieurs à 50 000 €/an.

    Estimer le capital à constituer

    Pour un professionnel libéral qui vise 3 000 € nets par mois à la retraite et anticipe une pension de 1 400 € brut (soit environ 1 200 € nets après prélèvements), le complément mensuel à financer est d'environ 1 800 €. Capitalisé sur 20 ans de retraite avec un rendement hypothétique de 3,5 % net, le capital à accumuler pour produire ce revenu complémentaire se situe entre 280 000 et 320 000 €.

    L'effet du temps sur l'effort d'épargne

    Âge de début d'épargneHorizonEffort mensuel estimé (pour 300 000 € à 4 % net)
    35 ans30 ans~430 €/mois
    40 ans25 ans~570 €/mois
    45 ans20 ans~820 €/mois
    50 ans15 ans~1 260 €/mois

    Attendre 10 ans multiplie environ par trois l'effort mensuel nécessaire pour le même objectif. Ce différentiel est le coût réel du temps perdu, au sens mathématique du terme.

    Les leviers d'épargne retraite pour un TNS libéral

    PER TNS : la déduction fiscale la plus directe

    Le Plan d'Épargne Retraite destiné aux travailleurs non salariés permet de déduire les versements du revenu professionnel imposable, dans la limite de 10 % du revenu professionnel N-1, plafonné à 37 094 € en 2025.

    Pour un libéral déclarant 80 000 € de revenu professionnel, le plafond de déduction annuel est de 8 000 €. À 30 % de TMI (revenu imposable entre 29 315 € et 83 823 € en 2025), un versement de 8 000 € représente une économie d'impôt estimée de 2 400 €. Le coût net effectif de cet effort d'épargne est donc ramené à 5 600 €.

    À 41 % de TMI (revenu imposable entre 83 823 € et 180 294 €), ce même versement dégage une économie d'impôt estimée de 3 280 €, pour un coût net de 4 720 €.

    Les plafonds non utilisés des 3 dernières années sont reportables et cumulables. Un libéral qui n'a pas versé sur un PER depuis 3 ans peut ainsi constituer un versement plus important lors d'une bonne année fiscale en cumulant plusieurs années de plafonds disponibles.

    La contrepartie : les fonds sont bloqués jusqu'à la retraite, sauf cas de déblocage anticipé prévus par la loi (achat de la résidence principale, invalidité, décès du conjoint).

    Assurance-vie : disponibilité et fiscalité de sortie avantageuse

    L'assurance-vie ne donne pas lieu à déduction fiscale à l'entrée. Son avantage se construit dans la durée : après 8 ans de détention, les retraits bénéficient d'un abattement annuel de 4 600 € (9 200 € pour un couple) sur les gains, puis d'une fiscalité réduite à 7,5 % au-delà, plus les prélèvements sociaux de 17,2 %.

    Pour un libéral avec des revenus variables qui veut garder accès à son épargne, l'assurance-vie offre une souplesse que le PER ne permet pas. Elle s'utilise souvent en complément : le PER capte l'épargne longue et défiscalisée à l'entrée, l'assurance-vie absorbe l'épargne de moyen terme avec une sortie fiscalement avantageuse.

    Immobilier locatif : des revenus complémentaires à la retraite

    Un investissement locatif financé à crédit pendant la vie active peut générer, une fois le crédit soldé, un revenu foncier ou en BIC (régime LMNP) venant compléter la pension CIPAV. Pour un bien loué 900 €/mois avec des charges et une fiscalité au régime réel, le revenu net estimé tourne autour de 600 à 700 € mensuels.

    Ce levier ne remplace pas la constitution d'un capital pur, mais il diversifie les sources de revenus à la retraite avec un actif patrimonial transmissible. Il mobilise cependant la capacité d'emprunt, ce qui doit être anticipé par rapport aux autres projets de financement.

    FAQ

    Quel est le montant moyen de la pension CIPAV ?

    À titre indicatif, un professionnel libéral affilié à la CIPAV avec une carrière complète peut anticiper une pension entre 1 200 et 2 000 € brut par mois selon le niveau de revenus et la durée de cotisation. Ce montant est structurellement inférieur à la pension d'un cadre salarié à revenus équivalents.

    Le PER TNS réduit-il aussi les cotisations sociales ?

    Les versements PER réduisent le revenu imposable à l'IR. Les cotisations sociales TNS sont en revanche généralement calculées sur le revenu professionnel avant déduction PER. Ce point mérite une vérification selon le type de contrat et la situation individuelle, de préférence avec un expert-comptable.

    Peut-on récupérer les plafonds PER non utilisés des années passées ?

    Oui. Les plafonds non utilisés des 3 dernières années sont cumulables avec le plafond de l'année en cours. Un libéral qui n'a jamais versé sur un PER peut effectuer un versement plus important lors d'une bonne année fiscale en cumulant plusieurs années de plafonds disponibles.

    À partir de quel âge l'assurance-vie devient-elle plus pertinente que le PER ?

    Il n'y a pas de frontière fixe, mais à partir de 50 à 55 ans, l'horizon de capitalisation se raccourcit et la disponibilité de l'assurance-vie prend davantage de valeur. Le PER conserve son avantage fiscal à l'entrée à tout âge, mais l'arbitrage entre les deux enveloppes dépend aussi du niveau de TMI et des objectifs de transmission.

    Faut-il choisir entre PER et assurance-vie pour préparer sa retraite TNS ?

    Ces deux enveloppes répondent à des objectifs complémentaires. Le PER offre un avantage fiscal immédiat à l'entrée au prix d'un blocage des fonds. L'assurance-vie offre de la disponibilité et un cadre de sortie et de transmission avantageux après 8 ans. Les combiner est souvent la stratégie la plus équilibrée pour un TNS.

    Ces simulations sont indicatives. Les montants de pension CIPAV sont des estimations basées sur les règles actuelles, susceptibles d'évoluer. Les performances des supports d'épargne (PER, assurance-vie) ne sont pas garanties et dépendent des marchés. Pour un conseil personnalisé engageant la responsabilité d'un professionnel, consultez un expert-comptable ou un conseiller en gestion de patrimoine agréé AMF.

    Pour estimer votre épargne retraite selon votre situation, consultez les outils de simulation Solvya.

    Pour un bilan retraite personnalisé avec un conseiller indépendant, prenez rendez-vous avec Solvya.

    Partager cet article :

    Besoin d'un accompagnement personnalisé ?

    Nos experts analysent votre situation et vous proposent des solutions sur-mesure.

    Sans engagement · 30 minutes · Réponses concrètes