SASU ou EURL : deux structures, des revenus nets très différents
Un consultant qui crée sa société sans simuler les deux structures peut se retrouver à payer plusieurs milliers d'euros de charges ou d'impôts de trop chaque année. Ce choix se fait souvent dans l'urgence, sur la base d'une recommandation rapide, sans simulation adaptée à son niveau de chiffre d'affaires.
À 90 000 € de CA, la différence de revenu net entre une SASU optimisée sur les dividendes et une EURL à l'IS gérée par un TNS atteint couramment 4 000 à 5 000 € par an selon la politique de rémunération retenue. Sur cinq ans, cet écart s'accumule silencieusement.
Solvya accompagne les indépendants dans cet arbitrage en simulant les deux régimes à partir des données réelles de chaque situation.
Les deux structures et leurs régimes sociaux
La SASU place son dirigeant en position de président assimilé salarié, relevant du régime général de la Sécurité sociale. Les charges sociales patronales et salariales représentent globalement 75 à 80 % du salaire net versé. En contrepartie, la couverture est généralement plus étoffée : indemnités journalières calculées sur la rémunération, retraite complémentaire AGIRC-ARRCO.
L'EURL dont le gérant est majoritaire relève du régime des travailleurs non salariés (TNS). Pour les professions libérales relevant de la CIPAV, les cotisations s'établissent entre 20 et 25 % du revenu professionnel net, un taux structurellement inférieur à celui du régime salarié. La couverture retraite et santé est moins protectrice, ce qui justifie une épargne retraite complémentaire volontaire.
Ces différences de taux génèrent un écart de revenu net significatif selon le niveau de CA et la stratégie de rémunération choisie.
Comparatif chiffré à 3 niveaux de CA
Les simulations suivantes retiennent : cotisations TNS à 22 % (professions libérales, CIPAV), charges patronales SASU à 45 % du salaire brut, charges salariales à 23 %. PFU à 30 % sur les dividendes. IS à 15 % jusqu'à 42 500 €. Les chiffres sont arrondis et indicatifs.
À 60 000 € de CA
Résultat courant avant rémunération (après frais professionnels de 8 000 €) : 52 000 €.
EURL TNS : Rémunération gérant 40 000 €, cotisations TNS 8 800 €, résultat IS 3 200 €, IS à 15 % soit 480 €. Distribuable 2 720 €. Part des dividendes soumise aux cotisations TNS (au-delà de 100 €) : 2 620 € × 22 % = 576 €. Dividendes nets après PFU : 1 501 €. Revenu net estimé (hors IR) : 32 700 €.
SASU : Salaire brut 24 000 €, charges patronales 10 800 €, coût employeur 34 800 €, salaire net 18 480 €. Résultat IS 17 200 €, IS à 15 % soit 2 580 €. Dividendes nets après PFU : 10 234 €. Revenu net estimé : 28 700 €.
Avantage EURL : 4 000 € de revenu net supplémentaire estimé dans ce scénario, grâce aux cotisations sociales moins élevées sur la rémunération.
À 90 000 € de CA
Résultat courant avant rémunération (frais pro 10 000 €) : 80 000 €.
EURL TNS : Rémunération 55 000 €, cotisations TNS 12 100 €, résultat IS 12 900 €, IS 1 935 €. Dividendes nets après cotisations TNS et PFU : 5 987 €. Revenu net estimé : 48 900 €.
SASU : Salaire brut 36 000 €, coût employeur 52 200 €, salaire net 27 720 €. Résultat IS 27 800 €, IS 4 170 €. Dividendes nets après PFU : 16 541 €. Revenu net estimé : 44 260 €.
Avantage EURL : environ 4 600 €. La SASU compense en partie avec des droits à la retraite complémentaire plus étoffés sur la part salariale.
À 130 000 € de CA
Résultat courant avant rémunération (frais pro 15 000 €) : 115 000 €.
EURL TNS : Rémunération 70 000 €, cotisations TNS 15 400 €, résultat IS 29 600 €, IS 4 440 €. Dividendes nets après cotisations TNS et PFU : 13 737 €. Revenu net estimé : 68 340 €.
SASU : Salaire brut 50 000 €, coût employeur 72 500 €, salaire net 38 500 €. Résultat IS 42 500 €, IS 6 375 €. Dividendes nets après PFU : 25 287 €. Revenu net estimé : 63 790 €.
Avantage EURL : environ 4 550 €. À ce niveau de CA, l'intégration de la protection retraite dans le calcul global devient déterminante pour l'arbitrage final.
Dividendes en EURL : la règle des 10 % à connaître
En SASU, les dividendes ne supportent que le prélèvement forfaitaire unique de 30 % (12,8 % IR + 17,2 % prélèvements sociaux). Aucune cotisation sociale n'est due, quelle que soit la somme distribuée au président.
En EURL, la fraction des dividendes dépassant 10 % du capital social, des primes d'émission et des sommes portées en compte courant est soumise aux cotisations TNS. Avec un capital de 1 000 €, seuls les 100 premiers euros de dividendes y échappent. Cette règle réduit mécaniquement l'attractivité fiscale des dividendes en EURL, sauf si le capital social ou les comptes courants sont significativement dotés.
PER TNS : un avantage additionnel pour les gérants d'EURL
Le gérant TNS peut déduire ses versements PER dans la limite de 10 % du revenu professionnel N-1, plafonné à 37 094 € en 2025. Cette déduction réduit simultanément le revenu imposable à l'IR et l'assiette des cotisations TNS pour la part variable.
Pour un gérant d'EURL déclarant 55 000 € de revenu professionnel, un versement PER de 5 500 € génère une économie d'impôt estimée de 1 650 € à 30 % de TMI, en plus d'une réduction des cotisations sociales. Le président de SASU bénéficie du même plafond en valeur absolue, mais calculé sur le seul salaire brut, souvent moins favorable pour des rémunérations modérées.
FAQ
SASU ou EURL pour démarrer à 50 000 € de CA ?
Pour les professions libérales relevant de la CIPAV, l'EURL à l'IS avec gérant TNS délivre généralement un revenu net supérieur à ce niveau, grâce à des cotisations sociales moins lourdes sur la rémunération. La SASU peut s'avérer préférable si vous anticipez une forte croissance du CA ou une association future.
Les cotisations TNS sont-elles réellement moins élevées qu'en SASU ?
Pour les professions libérales (CIPAV), oui : le taux global TNS s'établit entre 20 et 25 % du revenu net professionnel. En SASU, les charges patronales et salariales représentent 75 à 80 % du salaire net, ce qui renchérit chaque euro de rémunération versé.
Les dividendes SASU sont-ils exempts de cotisations sociales ?
Oui, pour le président de SASU assimilé salarié, les dividendes supportent uniquement le PFU à 30 %, sans cotisation sociale supplémentaire. En EURL, les dividendes au-delà de 10 % du capital social sont soumis aux cotisations TNS, ce qui les rend moins attractifs à distribution élevée.
Peut-on transformer une SASU en EURL en cours d'activité ?
La transformation est juridiquement possible mais génère des frais (modification statutaire, enregistrement) et peut avoir des incidences fiscales. Cette opération mérite une analyse préalable avec un expert-comptable avant toute décision.
L'EURL à l'IR ou à l'IS : laquelle retenir ?
En EURL à l'IR, le bénéfice est directement imposé au barème progressif sans IS intermédiaire, ce qui convient aux phases de démarrage à bénéfice faible. L'option IS devient avantageuse dès que le bénéfice dépasse 29 315 € (seuil de la tranche à 30 % en 2025).
Ces simulations sont indicatives et basées sur la fiscalité en vigueur en 2025. Les taux de cotisations sociales varient selon la caisse de rattachement, la catégorie professionnelle et le niveau de revenu. Pour un conseil personnalisé engageant la responsabilité d'un professionnel, consultez un expert-comptable ou un conseiller en gestion de patrimoine indépendant (CGPI) agréé.
Pour comparer l'impact fiscal de votre structure juridique sur votre revenu net, consultez notre page expertises fiscalité.
Pour une analyse personnalisée de votre situation, prenez rendez-vous avec un conseiller Solvya.


